Loot boxes : quand le jeu vidéo flirte avec les jeux de hasard et d’argent

De nombreux jeux vidéo intègrent des éléments de pari et d’argent. La croissance rapide de ce phénomène pousse de plus en plus de chercheurs, psychiatres, thérapeutes, etc. à dénoncer la présence des « loot boxes » ou coffres à surprise. Présentes dans la plupart des jeux vidéo, ces boîtes contiennent des objets virtuels comme des armures, des personnages, des clefs, etc. permettant d’améliorer l’expérience de jeu. Les loot boxes sont la plupart du temps payantes et leur contenu aléatoire est dévoilé après l’achat. Étant donné que plusieurs jeux vidéo sont maintenant offerts gratuitement, les loot boxes et autres mini-transactions incluses dans les jeux permettent de garantir un revenu permanent aux fournisseurs de jeux. 

Depuis 15 ans en Europe, la norme PEGI (Pan European Game Information), classifie l’ensemble des jeux vidéo disponibles sur consoles, PC et plateformes en ligne. Un système de pictogrammes indique sur chaque jeu l’âge recommandé et le contenu du jeu (violence, peur, sexe, etc.). Par exemple, le logo « jeux de hasard » indique que le jeu enseigne ou incite à parier, il se retrouve généralement sur les jeux qui sont recommandés aux joueurs de plus de 12 ans. Les régulateurs de JHA en Europe sont toutefois partagés sur la question des loot boxes.  Récemment la Belgique et les Pays-Bas les ont interdites pour les jeux s’adressant aux moins de 18 ans. Depuis décembre 2018, un logo « achats intégrés » a été ajouté à la norme PEGI qui refuse toutefois de considérer les loot boxes comme du Gambling.

Tout comme la norme PEGI, l'Entertainment Software Rating Board (ESRB), qui classifie les jeux vidéo au Québec, distingue les loot boxes des jeux de hasard et d’argent dans ses descriptifs de contenu[1].

La difficulté d’assimiler entièrement les loot boxes à des JHA provient du fait qu’elles permettent toujours d’obtenir un objet virtuel en échange, et non une perte ou un gain d’argent. Par contre, des plateformes parallèles permettent aux joueurs d’acheter ou de revendre les items gagnés dans ces coffres. De cette façon elles peuvent donc susciter une espérance de gain monétaire et exposer les jeunes joueurs à une forme de jeux de hasard et d’argent. Par ailleurs, d’un point de vue psychologique, les mécanismes de récompense aléatoire utilisés dans les loot boxes agissent de façon très similaire à ceux des JHA pour favoriser la persistance dans le jeu.

Si l’industrie des jeux vidéo emprunte dans son modèle économique les mécanismes des JHA pour captiver les joueurs, l’inverse est également vrai : pour attirer les jeunes, l’industrie des jeux de hasard et d’argent reprend largement dans son offre de jeu les codes de l’univers des jeux vidéo.

**Photo réalisée par Alexander Andrews sur Unsplash

 

Pour plus de détails sur le sujet

Une vidéo de 2 minutes 25 secondes explique efficacement en quoi consistent les loot boxes à travers une polémique causée par deux youtubeurs très populaires auprès des mineurs. https://www.addictaide.fr/video/loot-boxes-des-youtubeurs-font-ils-la-pub-de-jeux-dargent-lemonde/

Le point de vue du psychiatre Serge Tisseron. https://www.huffingtonpost.fr/serge-tisseron/jeux-video-un-joyeux-noel-assombri-par-les-loot-boxes_a_23625321/

Dossier REPER Gambling vs gaming : une distinction ténue qui pose problème. http://www.carrefouraddictions.ch/wp-content/uploads/2018/11/frgamblinggaming.pdf

Un documentaire de six minutes pour comprendre la classification PEGI. https://www.addictaide.fr/video/dans-les-coulisses-de-la-classification-des-jeux-video/

Autorités de classification américaines des jeux vidéo (ESRB). http://www.esrb.org/ratings/ratings_guide_fr.aspx

Soutien aux parents pour contrôler le temps de jeu et l’argent dépensé. http://www.ParentalTools.org

La plateforme Pédagojeux – Soutien aux parents. http://www.pedagojeux.fr/


[1] ESRB classifie les jeux vidéo distribués en Amérique du Nord et au Mexique. Au Québec, contrairement aux films, aucune loi ne rend le classement de l'ESRB obligatoire ni n'interdit à un fournisseur de vendre ou de louer un jeu vidéo à une personne qui n'a pas l'âge recommandé par le classement.  

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Article ou revue de presse

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Deux articles sur des thèmes connexes

Portrait de Fanny Lemétayer

Un article très court et accessible sur les jeux gratuits communément appelés Free to Play vient de paraître dans la revue Addictions : recherches et pratiques. Dans cet article, les auteures Kairouz, Reynolds et Savard, dressent une description de ces jeux, de leurs caractéristiques structurelles et des risques associés. Elles finissent sur une réflexion et des recommandations autour des enjeux de régulation de ce marché.

https://fr.calameo.com/read/0055448580a3791d2d4ae

Pour compléter, Wardle vient de publier un article dans la revue Journal of Gambling Studies  qui porte sur les paris sur accessoires (skin betting) dans les jeux vidéo. Ils constituent une autre forme d’achats intégrés purement cosmétiques puisqu’ils n’ont aucune incidence sur l’issue du jeu. À ce jour, la convergence du gambling et du gaming a surtout été étudiée en s’attardant aux similarités des produits, à leurs caractéristiques structurelles et leurs mécanismes de système de récompense.

L’auteure étudie plutôt la cooccurrence des comportements (gambling vs paris sur accessoires) afin de vérifier si la pratique des paris sur accessoires s’accompagne de la pratique de jeux de hasard et d’argent chez les jeunes. Elle utilise les données d’une enquête représentative au niveau national réalisée auprès d’enfants britanniques âgés de 11 à 16 ans. Voici les principaux résultats :

- 3% des enfants âgés de 11 à 16 ans ont déclaré avoir à la fois parié sur des accessoires et joué à des JHA  au cours du  dernier mois (représente environ 100 000 enfants en GB).

- Cette cooccurrence des comportements était plus fréquente chez les garçons, les enfants plus âgés et ceux qui estimaient avoir de moins bons résultats scolaires.

- Les pourcentages de jeu à risque et de jeu problématique étaient plus élevés chez les joueurs qui pratiquaient à la fois les paris sur accessoires et les JHA.