La rentabilité des baleines dans l’économie des jeux

Les « baleines » ou « whales », dans le monde du gambling, sont de « gros joueurs » qui misent d’importantes sommes d’argent. Ils sont choyés par l’industrie du jeu qui tente de les attirer et de les maintenir dans le jeu en leur offrant divers privilèges.

Agir sur l’accessibilité et l’environnement

Appelé à réagir sur les résultats de cette étude, le premier ministre du Québec penche pour une réévaluation du nombre et de la localisation des ALV à travers le Québec : « C'est un problème. Les personnes vulnérables utilisent ces appareils et perdent le peu d'argent qu'ils ont. Il faut éviter d'avoir ces appareils dans des zones où il y a beaucoup de personnes vulnérables ».

À cet égard, soulignons que Loto-Québec a établi de nouveaux critères d’attribution des appareils de loterie vidéo en 2019 et que l’étude sur l’accessibilité physique aux JHA au Québec que l’INSPQ mène actuellement avec l’Université de Montréal avance à grands pas. Elle fournira des indicateurs robustes pour la prise de décision et la création d’environnements plus favorables à la santé.

Un parallèle avec le modèle d’affaire des jeux « Free-to-play\Pay-to-win »

Au-delà de la question de l’accessibilité et de la capacité d’attraction des jeux, on observe un parallèle entre ces résultats et la mise en marché des nouvelles formes de jeux en ligne,  en croissance constante ces dernières années.

Lors de la conférence d’ouverture du congrès annuel CRI, le professeur David B. Nieborg a démontré que les « jeux de casino sociaux » disponibles sur des plateformes de médias sociaux reposent sur un modèle d’affaire cherchant à optimiser l’engagement, la rétention et la monétisation des joueurs. Cette stratégie profite  principalement du comportement des « baleines » : les jeux « free-to-play, pay-to-win», comme leur nom l’indique, sont gratuits et surtout très attrayants et ludiques. La rentabilité de ces jeux se base alors sur l’offre de microtransactions intégrées au jeu qui visent à augmenter la durée de jeu[1] ou à améliorer les parties (ex. accessoires pour son personnage, loot boxes). La grande majorité des joueurs ne débourse pas d’argent et se contente de l’accès gratuit. Par contre, une partie infime d’entre eux, les « baleines », fournissent la majeure partie des revenus de cette industrie (3% des 300 millions de joueurs sur Candy Crush déboursent une moyenne de 24$\mois).

La rétention des joueurs est garantie par plusieurs mécanismes « addictifs » ou « collations ponctuelles », selon l’expression du milieu[2]. Ces jeux bénéficient de l’exploitation des données personnelles livrées sur les médias sociaux. Elles permettent de segmenter en temps réel leur clientèle (profil) afin d’adapter parfaitement l’offre de jeu aux profils des joueurs, ce qui favorise l’engagement, la rétention et, à terme, la dépense.

 

Ce parallèle entre la mise en marché des JHA et des "jeux de casino sociaux" démontre que ces deux industries bénéficient d’outils marketing de plus en plus sophistiqués pouvant favoriser l’excès. Il souligne aussi que, volontairement ou non, leurs modèles d’affaires reposent sur l’exploitation des joueurs les plus vulnérables, et notamment possiblement des mineurs dans le cas des « jeux de casino sociaux ». En Europe, des principes d’encadrement des achats intégrés s’adressant notamment aux géants du web Apple et Google ont été adoptés. En Amérique du Nord, du chemin reste à parcourir dans ce domaine.


[1] Structure par niveaux, récompenses, réglage personnalisé de la difficulté pour éviter que les joueurs ne demeurent bloqués dans le jeu, programmation de parties gratuites aux 8h calquée sur les rythmes du sommeil, transfert de « vies » entre amis, etc.

 

[2] Généralement, un nombre limité de parties gratuites sont offertes par jour. Les joueurs peuvent toutefois avoir accès à des parties supplémentaires en payant.

Type : 

Article scientifique

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