Les Commissions de dissuasion de la toxicomanie au Portugal : suivi des indicateurs de santé et de la consommation chez les personnes utilisatrices de substances psychoactives dites « illicites »

En 2001, le Portugal a procédé à un changement du mode d’encadrement de toutes les substances psychoactives dites « illicites ». Il s’agit, à ce jour, de la seule juridiction à travers le monde à avoir modifié sa loi quant à l’encadrement de ces substances dans une perspective de santé publique. Les nouvelles mesures en place font en sorte que la possession simple et la consommation de ces mêmes substances continuent d’être illégales, mais font l’objet de sanctions administratives plutôt que pénales. Une telle approche a été préconisée dans l’optique de réduire les méfaits associés à l’usage de ces substances sur la santé et la criminalité. Sa mise en œuvre a été accompagnée par la création des Commission de dissuasion de la toxicomanie, des instances destinées à encourager l’accès aux soins et aux services de santé aux personnes aux prises avec un problème de consommation de substances psychoactives dites « illicites ». C’est dans l’optique de mieux comprendre le fonctionnement de ce mode d’encadrement et ses effets sur la santé que le ministère de la Santé et des Services sociaux a confié à l’Institut national de santé publique du Québec le mandat de procéder à une analyse de ce mode d’encadrement.

Les données portant sur les impacts de la stratégie portugaise présentent de nombreuses limites et doivent être interprétées avec prudence. Néanmoins, les constats suivants peuvent être formulés :

  • Dans la population générale portugaise, une augmentation de l’usage récent (12 derniers mois) de cannabis semble observable pour la période située entre 2001 et 2016/2017, comme c’est également le cas dans plusieurs pays de l’Union européenne au cours de la même période. Cependant, la prévalence de l’usage des substances psychoactives dites « illicites » autres que le cannabis aurait diminué au Portugal au cours de la même période;
  • Chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans, une diminution de la consommation de cannabis et de cocaïne semble être observable au cours de cette même période. Une augmentation de l’usage de l’ecstasy et des amphétamines semble être notée. Aucune donnée ne porte sur la consommation d’héroïne;
  • Pour la période entre 1995 et 2015, la prévalence de l’usage à vie de l’ensemble des substances « illicites » (y compris le cannabis) est à la hausse chez les jeunes âgés de 15-16 ans. Ces augmentations sont davantage importantes au Portugal que dans plusieurs pays de l’Union européenne au cours de la même période;
  • L’objectif de diminuer la consommation à haut risque, la toxicomanie et la consommation par injection ne semble que partiellement atteint;
  • Le taux de cas de VIH diagnostiqués chez les personnes faisant usage de substances par injection a diminué de manière considérable, davantage encore que dans plusieurs pays de l’Union européenne au cours de la même période;
  • Bien que des changements méthodologiques importants puissent être à l’origine de tels résultats, il semble que le taux de mortalité lié à l’usage de substances psychoactives dites « illicites » (surdoses) ait augmenté;
  • Malgré des objectifs en ce sens, la création des Commissions de dissuasion de la toxicomanie ne semble pas avoir entrainé la diversification et l’essor des services et soins de santé;
  • En raison d’un manque de données, il est impossible d’affirmer que l’objectif de réduction de la criminalité a été atteint. Ceci est d’autant plus vrai que les infractions présumées pour trafic sont à la baisse et que des précisions concernant les saisies semblent inexistantes.
Les Commissions de dissuasion de la toxicomanie au Portugal : suivi des indicateurs de santé et de la consommation chez les personnes utilisatrices de substances psychoactives dites « illicites »

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978-2-550-88300-5